Autobiographie
27. 1940-1942 – Crux sancta sit mihi lux
L’année 1940, qui était née dans un monde plein de sang, commença pour moi de façon bien triste.
Même si j’avais prévu exactement tout ce qui désormais était en train de se passer, le fait de voir que cela advenait véritablement était pour moi source d’une grande souffrance. Entre autres, sans être un aigle, ni un diplomate, ni un stratège, je comprenais vers quelles difficultés nous nous acheminions, nous autres italiens, et quelles conséquences cela allait comporter pour notre pauvre Italie.
J’avais beaucoup prié, pendant des années, pour obtenir la paix. Je ne peux certes pas me reprocher de ne pas avoir fait tout mon possible, en unissant mon néant aux mérites des autres âmes élues plus que la mienne, afin d’épargner à l’Europe et surtout à nous italiens le fléau d’une nouvelle guerre. J’avais prié, pleuré, je m’étais vraiment saturée de soucis. En échange on me traita de folle, comme d’habitude. Lorsqu’il paraissait que tout était désormais décidé pour la guerre, voilà venir une trève... Alors je redoublais de prières pour qu’elle soit durable.
Il en fut ainsi jusqu’au début de l’été 1939. Le 12 août — je me souviens parfaitement que c’était le jour de la Sainte-Claire — une information prémonitoire m’avertit que l’heure féroce était venue.
J’avais alors en Pologne l’une de mes filles de l’A.C. qui était allée jusque là-bas chercher un gagne-pain, pour elle et pour sa mère. Je lui étais attachée et je le suis encore beaucoup, malgré qu’elle m’ait procuré, il y a un an, une grande souffrance. Je connaissais ce coeur exubérant et cet esprit plus exalté encore que celui de sa mère. Je comprenais qu’elle constituait une proie facile pour quiconque aurait su l’entreprendre, la flatter, et lui offrir ce que sa famille n’avait pas su lui donner, un peu d’affection intelligemment placée. Malgré ma maladie et mon état de recluse, j’avais toujours veillé sur elle et j’étais parvenue à la sauver déjà une première fois... Ah! Pour elle j’ai su mettre au garde-à-vous même des prêtres qui... dormaient, alors qu’il fallait être très attentifs à la brebis qui était en train de se perdre... Après quoi elle était partie pour la Pologne. Mais je ne l’avais pas perdue de vue.
Le 12 août je perçus très fortement une voix qui me disait: “Dis-lui de rentrer immédiatement”. Je lui écrivis une lettre. Ce fut la dernière à passer la frontière, de même que le train par lequel revint ma petite enfant fut le dernier à sortir de la malheureuse Pologne. Alors, lorsque la tempête pour laquelle je m’étais tant préoccupée commença véritablement, j’ai arrêté de pleurer.
C’est toujours comme ça que cela m’arrive. Avant, je me désespère. Au moment où, face à la réalité, se désespèrent les optimismes les plus aveugles, moi je ne désespère plus. J’ai déjà vécu cet état à l’avance. J’entre donc dans la réalité des faits avec une grande force. Je ressens toute la tristesse du moment. Mais les événements ne me troublent plus parce que je les ai déjà vus avec une clairvoyance anticipatrice qui constitue mon tourment. Même la tristesse profonde qui m’agite ces jours-ci, cette semaine, vient du fait que je vois beaucoup d’événements tristes dans l’avenir.
1940 avait donc commencé de la sorte. Aspergé de sang et prometteur d’un sang toujours nouveau, du sang italien qui plus est... Beaucoup se firent des illusions sur notre situation de non belligérance. Pas moi. Je redoublais de prières et de sacrifices, mais désormais je le faisais déjà pour obtenir miséricorde pour nous, dans les conséquences terribles de la guerre que je sentais inévitable et déjà décidée...
Au mois de janvier mourut aussi le mari de madame Soldarelli. Cela me faisait de la peine de voir cette personne aller à Dieu de cette façon, sans s’être réconciliée après tant d’erreurs passées. Je me donnais de la peine pour que le mourant puisse avoir la visite d’un prêtre. La femme, aveuglée par l’amour, ne comprenait pas que son mari était condamné. Moi je le savais. J’appelai donc un prêtre. Je ne peux supporter qu’une âme se perde par notre faute. Le prêtre promit de s’y rendre... Mais il n’y alla pas. J’ai passé la dernière nuit auprès de ce malheureux par une prière constante. Cela aura-t-il servi? Dieu seul le sait.
C’est pourquoi il est douloureux de constater certaines lenteurs dans l’assistance des pauvres âmes. Il est inutile de prêcher si les premiers dans la tiédeur sont ceux qui prêchent. Il faut beaucoup prier pour les prêtres... Très souvent on critique des âmes parce qu’elles ne sont pas prêtes à faire leur devoir chrétien. Mais, disons-le et disons-le avec peine, très souvent la faute revient aux ministres préposés à l’assistance de ces pauvres âmes, qui seront lépreuses autant qu’on veut, mais qui, à cause de cela, ont justement besoin d’être aidées.
En un mot, cet homme mourut de la sorte. Souhaitons qu’à la dernière minute son âme se sera, d’elle-même, tournée vers Dieu.
Je vous avoue cependant que je suis restée tellement dégoûtée que, pour autant que je sois opposée à m’adresser à une autre paroisse, j’ai commencé depuis à penser qu’il était souhaitable de chercher ailleurs un prêtre qui ne soit pas aussi boiteux dans l’administration des sacrements. Et je l’ai même dit ouvertement, car je pense que rien ne doit nous faire taire la vérité. Je suis très “Catherinienne” sur ce point. Je pense que j’aurais le courage de dire: “Cela, il ne faut pas le faire” même au Souverain Pontife. Je pense que tout le monde peut se tromper et que chacun devrait être attentif à se faire corriger de ses propres erreurs. Parfois un enfant, un ignorant, quelqu’un d’inférieur peut voir juste dans un domaine où nous nous trompons. Alors, avec son franc-parler, il peut nous reconduire sur le droit chemin. Mais mon dire ne servit à rien. Je suis restée avec une assistance spirituelle insignifiante qu’il m’arriva parfois de devoir attendre même une centaine de jours, après avoir lancé une infinité d’appels. Amen!
Ce qui m’incita davantage dans la recherche d’un prêtre plus actif fut la maladie de ma mère, advenue au printemps 1940. Ce fut une forme d’intoxication intestinale due à ses caprices dans son alimentation et dans les méthodes tout à fait personnelles avec lesquelles elle se soignait. Mais ce fut une succession d’améliorations et de rechutes due à de nouveaux caprices, auxquels maman s’obstinait dans son alimentation. C’est ainsi que j’eus droit à des frayeurs, des préoccupations, des tracas, des rouspétances. Ah! oui alors!!! Ce fut un véritable enfer pour Marta et moi.
J’ai la conscience tranquille parce que je sais que j’ai soigné ma mère le mieux que j’ai pu. Je n’ai fait aucune économie, ni d’aliments et ni de médicaments. Comme d’habitude, elle ne m’en fut pas reconnaissante. Et même, à l’entendre, on l’aurait négligée. Heureusement qu’il y a plusieurs témoins qui savent ce que nous avons fait. Le médecin, en me voyant en larmes parce que j’avais peur de la perdre, me disait: “Mais remerciez le ciel! Je suis sûr que vous iriez mieux si votre maman mourrait. Pensez donc à vous-même!” Mais c’était ma mère. C’est ma mère. Elle n’a rien fait pour se faire aimer. Et même elle a tout fait pour tuer l’amour le plus persistant. Mais je l’aime encore, je l’aime toujours. Et il n’y a que moi pour l’aimer. Avant, nous étions deux, papa et moi. Maintenant je suis toute seule.
Ne plus bénéficier de ce brin de tranquillité que j’avais auparavant. Me nourrir encore moins et moins bien que d’habitude pour ne pas dépenser plus que ce que maman me donnait et continuer par contre à fournir à maman de la viande choisie, des vins généreux, des fruits rares et des boissons rafraîchissantes, garder toujours l’oreille tendue pour entendre la nuit si elle bougeait, être réprimandée encore plus que d’habitude et l’entendre constamment réprimander Marta, la préoccupation de voir qu’elle allait mal, furent autant de coups de massue sur mon organisme déjà délabré.
Depuis cette époque mon état s’est empiré dans des proportions que je n’avais pas connues en dix ans. D’autres maladies s’ajoutèrent à celles que j’avais déjà: névrite accompagnée de douleurs spasmodiques si fortes que je suppliais le médecin de me faire mourir. J’en vins à me couvrir le visage de teinture d’iode concentrée pour soulager le nerf trijumeau qui me procurait des douleurs à devenir folle. Douleurs que je ne pouvais calmer avec aucun analgésique à cause de mon coeur. A la névrite s’ajouta une pachyméningite qui me rigidifia comme une momie. Le moindre mouvement me faisait hurler. Les reins s’abîmèrent et la cystite chronique se compliqua d’une pyélo-cystite, qui culmina en hémorragie rénale et vésicale. La péritonite s’accentua et présenta des symptômes d’occlusion intestinale. La pleurite se développa sur le côté droit, où se formèrent des adhérences douloureuses. Le mois de décembre 1940 fut très froid. Pendant quelques jours Marta dut s’absenter. Je restai privée de bouillottes d’eau chaude et il n’y avait pas de chauffage. J’attrappai une congestion pulmonaire qui, depuis, n’a cessé d’augmenter en une infinité de rechutes. Quelle liste impressionnante! C’est pourtant mon état de service...
Au printemps 1940, lorsque maman était plus gravement malade, j’avais écrit à nos différents parents pour les avertir de la gravité de son état. Ils me répondirent tous avec des mots gentils et réconfortants. Je reçus entre autres la lettre d’un de mes cousins à qui je n’avais pas écrit directement parce que j’avais écrit aux cousines. Entre femmes on se comprend mieux.
C’est un homme qui a été très éprouvé. Orphelin de mère à sept ans, veuf à quarante et père de quatre enfants dont l’un est mort en 1935 à l’âge de 21 ans. Lorsque j’étais à Reggio de Calabre j’avais eu le moyen de bien connaître cet homme au coeur bon et exubérant et je regrettais que cette bonté ne soit qu’humaine. Pas la moindre ombre de foi. Mais je l’excusais en pensant que c’était amplement suffisant pour lui, d’avoir grandi au milieu des hommes, sans une mère qui puisse lui enseigner à prier, sans quelqu’un qui lui parle de Dieu, dans un contexte humain — celui de l’hôtel — qui n’était certes pas favorable aux élévations spirituelles. Et malgré tout ça il était resté foncièrement bon.
Sa lettre me surprit beaucoup parce qu’elle était imprégnée de foi. Remarquez que... comme il s’était disputé avec maman, à l’époque, quand nous étions ses hôtes, il ne nous avait plus écrit. C’est seulement à la mort de papa qu’il avait envoyé une lettre à maman. Je ne sais pas ce qu’il lui avait écrit. Je sais qu’elle resta surprise du sens religieux de Giuseppe et qu’elle répondit tellement à côté que lui n’avait jamais plus écrit.
Avec sa franchise habituelle, il m’a récemment déclaré qu’il avait dû m’écrire, contre sa volonté, “poussé par une sorte de force inconnue”, parce que de lui-même il ne l’aurait jamais fait, dans l’idée qu’avec le temps j’étais certainement devenue “pareille à maman, avec un coeur sec et égoïste” m’écrit-il encore. Je lui ai répondu pour le remercier. On comprend qu’il m’a répondu à nouveau, puisque je ne l’avais point déçu par ma lettre. C’est ainsi qu’il m’écrivit trois fois entre avril et juin cette année-là.
Puis ce fut le silence jusqu’au mois d’avril 1941. A cette époque je reçus de lui une longue lettre dans laquelle, me déclarant toujours qu’il m’écrivait sous la poussée de je ne sais quelle force surhumaine, il m’avouait qu’il était devenu spiritualiste convaincu et pratiquant.
Je vous assure que je fis un bond dans mon lit. Spiritisme, spiritualisme, etc. Ce genre de choses est pour moi autant de réalités effrayantes. Je crois que même les bombes ne me feront pas bouger. Mais si je devais entendre ou voir quelque chose de spirite, je ferais un bond de sauterelle et me retrouverais aussitôt au milieu de la rue, tout comme je suis.
Sur le moment, après avoir fait un peu d’humour à son sujet avec Marta, j’avais décidé de ne point lui répondre. Puis j’avais réfléchi que cela était un manque de charité. En plus sa lettre était imprégnée d’un grand sens de Dieu, de soumission à sa volonté, que l’on trouve rarement parmi les catholiques pratiquants. Il me disait entre autres — répondant pour le compte de sa soeur à qui j’avais parlé du Padre Pio pour un neveu qui combattait en Afrique orientale — beaucoup de bien de ce frère capucin avec un tel respect de l’Eglise que je ne me sentais pas de le condamner.
Pour moi, tout est préférable au manque de foi. Entre l’idolâtre et l’athée, je préfère l’idolâtre. J’ai peur de l’athée. Je pense que celui qui cherche Dieu selon une sincère quête de la vérité et de la lumière, avec pureté de coeur et selon un authentique besoin de ce Dieu qu’il sent exister mais qu’il ne sait pas où rencontrer, ni qui il est, je crois que lorsque une personne cherche tout cela humblement et sans arrière-pensée, elle est déjà sur les chemins de Dieu. Il s’agira peut-être d’un chemin parallèle, peut-être aussi d’une route tortueuse, mais toujours proche, en tout cas de la voie royale qui porte à Dieu. C’est pourquoi une telle personne ne doit pas être abandonnée, mais doit être aidée dans sa recherche par quelqu’un de plus mûr dans la connaissance de la Vérité.
Voilà pourquoi je lui ai répondu, mais en tremblant un peu. Je réfutais cependant certaines de ses idées. Et il me semble que j’avais été légèrement tranchante dans mes réfutations.
Il ne s’en blessa pas. Depuis lors, au contraire, il continue de m’écrire. Parfois nous nous sommes même insultés de façon féroce... Mais nous avons toujours, par la suite, rétabli la paix entre nous, reconnaissant que nous nous battions à partir de deux camps opposés mais visant un même point d’arrivée: Dieu.
Je vous en ai également dit quelque chose de vive voix, c’est pourquoi je ne m’attarde pas davantage. Je dirai seulement que cela aussi ne fut pas sans résultat. Je crois qu’à travers cette longue et patiente correspondance j’ai semé quelques bonnes graines parmi les plantes et les buissons qui encombrent ce coeur qui est à la recherche de Dieu, alors que sa vie est déjà dans sa phase décroissante.
Parfois, avec ma peur de certaines choses, j’ai été sur le point de rompre avec lui, surtout lorsque certaines expressions, un peu trop hardies de sa part, et trop éloignées de ma façon de penser et de croire, me heurtaient et me déconcertaient. Mais je sentais qu’il ne me fallait pas le faire. Le bon Jésus ne le voulait pas. J’avais peur également que cela puisse de quelque façon donner l’occasion au démon de s’approcher davantage. Mais là aussi une lumière et une voix d’en-haut me donnèrent réponse et éclaircissement. C’était toujours la parole du Verbe qui répondait à mes perplexités: “Aussi bien vous ai-je donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions, et toute puissance de l’Ennemi, et rien ne pourra vous nuire”. Et du fond de mon coeur, la voix de Jésus me répétait: “Ne crains pas. Il ne pourra rien t’arriver de mal. N’abandonne pas cette personne. Elle aussi m’appartient, elle croit en moi, elle a été rachetée par mon sang et par sa foi. Ne la juge pas. Sois seulement pour elle porteuse de ma parole.” Et la bénédiction aussi du Padre Pio me donnait le courage de continuer... et enfin j’y étais encouragée aussi par le fait que c’était mon cousin, à presque mille kilomètres de distance! Pas très courageuse, n’est-ce pas?
En juin 1941, Giuseppe m’envoya un message, comme il les appelait, qui m’était destiné. Un message très flatteur à vrai dire pour mon humble personne. Mais cela me fit monter la moutarde au nez. Et je lui répondis par un véritable réquisitoire contre le spiritisme et les spirites. J’ai encore le brouillon de ma lettre. Mais ensuite j’ai regretté. J’avais reçu en même temps différentes lettres de personnes qui me connaissaient bien et qui me paraissent fermement éclairées par Dieu et qui, presque en même temps et presque avec les mêmes mots, m’avaient envoyé quelque chose d’identique au fameux “message” reçu de mon cousin.
Par souci de justice je me dis alors: “Si tu acceptes cela comme une réponse et un encouragement que le bon Dieu t’envoie à travers ces personnes que tu estimes, pourquoi ne veux-tu pas accueillir aussi ce message-là? Comment peux-tu t’arroger le droit de juger ces gens-là comme des possédés ou, pour le moins, comme des cinglés? L’esprit de Dieu peut souffler où et comme il veut, et s’il juge opportun de te faire parvenir, par des inconnus, un mot de réconfort, en ce moment où tu es écrasée dans une mer de découragement et où tu titubes, incapable de savoir si tu es sur le bon chemin, où tu te demandes si tu es saine d’esprit ou pas, pourquoi veux-tu mépriser aussi ces paroles? Ce n’est pas le premier cas, en vingt siècles de christianisme, où furent jugées hérétiques des personnes dont le front est orné aujourd’hui par l’auréole des saints. Eux aussi ont subi des insultes, la rigueur de la loi, le supplice parce qu’ils disaient qu’ils avaient entendu des voix qui les instruisaient. Donc... ne juge pas! Reste humble dans la louange et prudente dans ton agir. Dis au Seigneur de t’éclairer sur ce qu’il y a à faire.”
J’ai beaucoup prié ces jours-ci et fait prier en attendant un signe. Et le signe, je l’ai eu dans cette paix sans fin qui a surgi en moi. J’ai alors compris que Dieu ne trouvait pas dangereux que je corresponde avec mon cousin. J’ai donc continué.
Je ne discute pas et je n’ergote pas non plus pour savoir si celui qui parle est machin ou chouette. J’ai simplement écouté la répercussion que ces paroles pouvaient avoir sur mon moi. Si j’avais ressenti un trouble quelconque j’aurais rompu immédiatement tout contact. Et au contraire, je n’ai perçu ni bouillonnement d’orgueil, ni trouble de foi, ni inquiétude d’origine inexplicable.
Quant à l’éloge reçu, je suis restée ce que j’étais, ou plutôt j’ai plongé plus que jamais dans l’humilité et la gratitude en disant: “Si c’est toi qui as permis ces paroles, c’est pour moi une raison de plus d’agir avec le maximum de perfection qu’il est possible pour mériter de demeurer toujours entre tes bras, c’est une raison de plus pour te marquer de la gratitude et t’aimer davantage en sorte de répondre à ton amour.” Et je vous assure que depuis ce moment-là j’ai été encore plus attentive à ne jamais défaillir à l’égard du Seigneur.
Une fois vous m’avez dit qu’à propos de toutes les choses, je les prends et je les vois toujours sous un point de vue original, qui est différent de la perspective selon laquelle cela a été écrit ou fait. Et je me souviens que je vous ai répondu que c’est bien ainsi que ça se passe, car mon âme bénéficiait d’une lumière particulière, celle de son propre soleil, Jésus, qui projette sur tout son propre éclairage et lui donne un aspect surnaturel et bon.
Mais d’ailleurs cela fait partie des promesses de Dieu. N’a-t-il pas dit que ceux qui agissent en son nom ont été rendus imperméables aux dangers des serpents, des bêtes féroces et des démons? Je crois qu’une personne qui est vraiment unie au Christ peut passer au travers de l’enfer sans en être endommagée. Non pas par mérite personnel, mais en raison du pouvoir de celui qui habite en elle.
Voilà pourquoi cette autre anecdote de ma vie, qui aurait pu jeter dans d’autres coeurs des scrupules et de l’agitation, me laissa tranquille. C’est-à-dire que la situation se retourna; s’il s’agissait d’une intervention diabolique, elle se transforma en un instrument de bien, car elle me poussa à agir toujours mieux.
Dieu m’a toujours et tellement aimée que tout ce qui s’est agité autour de moi, tout au long de ma vie, m’a servi d’enseignement vers la perfection, de même que tout ce à quoi mon esprit a eu à faire s’est toujours purifié du mal qu’il pouvait contenir pour n’être à mon égard qu’un encouragement au bien. “Je t’avais caché ma face. Mais dans un amour éternel j’ai pitié de toi”. A tout moment le Père céleste me répète ces paroles et j’en ressens toute la valeur.
Alors que j’avais vécu d’une manière qui aurait pu me voir grandir sans la foi et sans un grand sens moral, lui, l’Eternel, m’a instruite et m’a soutenue toute ma vie. Lorsque je pense à ces paroles: “Comme un fils que sa mère console, moi aussi je te consolerai. Je te prendrai dans mes bras, je te caresserai sur mes genoux”. Alors je ne cesse de répéter: “Oui, Seigneur. Tu as toujours agi de la sorte avec moi. A mon égard tu as été et tu es père, mère, époux, frère, ami, maître et prêtre. Tu es tout pour moi, Seigneur, et je n’ai eu personne d’autre que toi pour former ma personne à ton image et à ta ressemblance. Tu as pris la boue dont j’étais constituée, informe et viciée du sein de ma mère, comme de la glaise encore humide, et tu m’as modelée selon ta pensée. Moi, pauvre terre informe, il m’est arrivé parfois de vouloir me modeler à ma façon, mais, comme une poussière dans l’obscurité, j’éprouvais souvent le besoin d’être conduite... et c’est toi, toi seul qui m’a conduite, et toi seul as continué de me modeler malgré toutes mes incartades.”
Dieu s’est servi de tout ce que j’ai connu, vécu et souffert pour me faire avancer dans ses voies. Les deuils et les souffrances m’ont fait chercher son coeur. L’instruction me l’a fait adorer. La nature me l’a fait chanter. Mes misères me l’on fait bénir en vertu de sa miséricorde. La connaissance des misères d’autrui ont éveillé en moi le sentiment de gratitude pour sa bonté. Les autres religions ou théories ont augmenté mon amour, ma foi, ma consécration à lui.
Si, même les autres religions ont permis d’augmenter en moi mon identification à Dieu et mon amélioration spirituelle. J’ai toujours pensé, depuis que j’ai eu connaissance des doctrines des autres religions, qu’il y a en toutes un fragment de la vraie foi, un fragment de notre foi. On dirait presque, pour donner une comparaison humaine, que de l’unique vraie religion, qui a été donnée par Dieu à Moïse et confirmée ensuite par le Verbe de Dieu, se sont détachés des fragments qui portent avec eux des miettes de vrai. C’est comme un immense miroir, placé haut dans le ciel pour que tous les êtres humains puissent le voir, et qui aurait contenu la religion de l’Eternel. Lucifer et son armée, avec une colère folle, ont fait usage de leurs frondes infernales contre ce miroir admirable et en ont frappé les bords. Mais pas le centre où brille la splendeur de Dieu. Seulement les bords, là où la troupe des démons avaient la force de regarder, quoique avec peine. Et les débris sont tombés sur la terre où ils ont constitué les graines des autres religions qui, malgré leurs erreurs, conservent encore un fragment plus ou moins important de vérité.
En examinant les religions et leurs codes de morale, je remarque ce reflet de la lumière divine qui brille malgré l’addition d’éléments erronés, et je me sens de plus en plus encouragée à suivre avec fidélité les exigences de la morale qui est la mienne. Ainsi par exemple le brahmanisme, qui a un grand culte de la continence, de la pureté, m’encourage à être plus pure que jamais. De même l’islam, dans sa louange incessante à Dieu dont il voit une manifestation, depuis l’orient jusqu’à l’occident, dans les astres et dans les plantes, m’encourage à louer et bénir notre Créateur. Ou encore le shintoïsme, qui proclame la présence de Dieu partout où il y a la vie, affirmant que “là où bourdonne un moustique, je suis”, me porte à vivre comme si Dieu vivait de façon visible à mes côtés. Le bouddhisme, par sa doctrine de bienveillance dans laquelle résonne si fortement le message évangélique d’amour du prochain, d’un coeur droit et d’une conscience honnête pour accomplir des oeuvres qui donnent la vie éternelle, etc. me porte toujours plus à être bienveillante à l’égard de mon prochain quel qu’il soit: depuis mes parents jusqu’aux derniers habitants du globe.
Je me dis que si les croyants des fausses religions peuvent vivre dans la pureté, dans la sainteté, par le simple fait que leur prophète, celui qui dans leur contexte apparaît comme l’envoyé de Dieu leur a dit de vivre de la sorte, que ne devons-nous donc faire, nous qui disposons de la vraie religion et qui avons eu pour envoyé de Dieu son Fils en personne? Si des créatures qui sont soumises à une loi erronée sont en mesure de s’élever si haut vers le Bien, que ne dois-tu donc faire toi, mon âme, qui possèdes le Bien en personne?
Pour tout vous dire, j’ai toujours eu du respect pour les images. Mais depuis que j’ai appris qu’au Japon la photographie de l’empereur, considéré comme descendant des dieux, ne doit jamais être publiée dans les journaux par le simple fait qu’un journal, après avoir été lu, peut servir à bien des usages... plus ou moins nobles, et encourt donc le risque d’être sali et l’image du roi d’être injuriée, il m’est venu une vive prudence à ne jamais faire usage de papier où serait écrit le nom de Jésus, de Marie et des saints.
Je crois que lorsque une âme est véritablement saturée de Dieu comme une étoffe peut être imbibée d’un liquide, rien ne peut plus la troubler ou la séduire. L’important est que cette personne se laisse pénétrer par Dieu, qui ne demande rien d’autre que d’imprégner de lui-même toutes les créatures.
Hier matin vous me disiez que vous ne croyez pas que j’aie commis de fautes graves à propos de la pureté. C’est fort possible que vous ayez raison. Mais j’ai atteint une sensibilité qui m’a été donnée par l’amour, non par la crainte, qui m’avertit du moindre détail d’imperfection à un niveau habituellement imperceptible. Il ne s’agit pas de scrupules. Non. Les scrupules, c’est autre chose. Un scrupule voit la faute même là où elle n’est pas. Moi je comprends si un comportement donné est un péché ou ne l’est pas. Cependant, s’il m’arrive, ne serait-ce que par la pensée, d’entreprendre une chose qui n’est pas bonne, ma conscience m’avertit aussitôt: “Attention! Cela fait de la peine à Jésus.” Or le fait d’avoir eu ce simple petit grain de faute, ne serait-ce que par désir seulement, j’en souffre jusqu’aux larmes. Pas à cause de moi. Mais à cause de Jésus.
Car je l’aime, mon Père, mais d’un amour qui est plus intense que celui que beaucoup ont. C’est un amour de chair et de sang, outre que d’âme. Dieu n’est pas pour moi une ideé abstraite, lointaine, impossible à atteindre, comme se la représentent la plupart des catholiques. Il est pour moi une réalité. Et pas seulement une réalité idéale. Il est ici, vivant, vrai. Je le sens. Je lui parle. Je le porte en moi.
Comme fille je n’ai jamais voulu faire de la peine à mes parents, car je les aimais plus qu’on ne peut. Comme épouse je n’aurais jamais fait de la peine à mon mari, parce que je l’aurais aimé de tout mon être. Et devrais-je agir différemment avec mon Dieu qui est l’amour suprême? Avec celui qui ne m’a jamais fait de mal?
Ah! ce n’est pas la crainte de la punition qui me fait pleurer en repensant à mes manquements! C’est l’idée de lui avoir fait de la peine à lui! Moi, je lui ai fait de la peine, alors que je voudrais le faire sourire au prix de mille tourments?! Les larmes du Christ, je voudrais toutes les essuyer. Pourquoi donc alors en faire couler d’autres de ces pupilles amoureuses?
Mais avez-vous compris avec quel amour absolu, ardent, consumant, j’aime mon Dieu? Il y aura certainement quelqu’un qui l’aime davantage, je n’en doute pas. Mais pour ma part, je l’aime selon le maximum de mes capacités. Je ne pourrais faire mieux, même si je devais mourir sous l’effort, le coeur brisé et les veines éclatées par un sursaut d’amour. Madeleine a répandu ses larmes et son baume sur les pieds du Rédempteur. Moi, je me répands moi-même. Je m’épanche tout entière hors du vase de la chair que je brise par amour...
Ce matin, l’Amour est venu... et je brûle...
Quel mystère de la Bonté éternelle avons-nous là! Même dans l’âme la plus immolée par le Père, et privée donc de la béatitude qui reflue en d’autres âmes de par les jeux de l’Eternel, intervient toujours notre Seigneur Jésus, porteur d’un réconfort immense et infini. Il sait bien que sous la rigueur de la justice nous, pauvres victimes, nous mourons dans la désolation. Il le sait parce qu’il en a fait l’expérience. Et alors il vient ranimer nos forces épuisées. Il vient avec ses trésors d’amour. Il vient avec les flammes et les lueurs même de l’amour. Alors nos yeux s’ouvrent par un regard qui a la puissance d’un aigle et qu’aucune larme ne peut offusquer, et ils voient le Père, dont la vision nous avait été enlevée pour rendre l’épreuve plus grande.
Un instant suffit pour égayer toute notre journée et au-delà. Et il est bon que cette grâce ne soit que d’un instant. Autrement nous ne le supporterions pas. Car nous sommes trop faibles. La béatitude nous détruirait. Par contre, distribuée de la sorte, par instants, elle augmente notre essence, elle nous procure une nouvelle effusion de paix, car dans l’instant où notre esprit s’unit à Dieu, la paix s’écoule tout entière en nous depuis les lacs éternels, elle nous illumine des splendeurs de Dieu et nous rend capables de voir, elle nous ouvre l’esprit et nous rend capables de comprendre, elle dilate notre coeur et nous rend capables d’aimer, elle nous donne la force et nous rend capables de résister, en un mot elle se donne à nous tout entière.
Reprenons maintenant... nos rails après avoir couru après les voix de l’amour.
J’ai donc continué à correspondre avec mon cousin inscrivant cet effort parmi tant d’autres qui appartiennent au registre de l’apostolat.
La maladie, il est vrai, m’a reléguée à la maison. Mais elle n’a pas empêché une petite activité d’apostolat de ma part. Tant qu’on le désire, on peut mener un travail apostolique par amour de Dieu.
La patience dans la maladie est déjà un apostolat. Voir quelqu’un qui souffre et qui en même temps sourit, quelqu’un qui n’a pas un souffle de bien-être et qui ne s’en inquiète pas, quelqu’un qui accomplit une volonté de Dieu qui, d’un point de vue humain, est particulièrement pénible à vivre, tout cela fait réfléchir et méditer les incrédules ou plus simplement les tièdes sur les vérités éternelles, que trop de gens négligent ou nient. Comment nier l’existence de Dieu et de l’âme face à certains prodiges de patience qui persistent des années durant et qui, sans jamais rien perdre de la sévère intensité de souffrance, sont vécus dans la joie et la confiance? Le seul fait de nous voir, nous malades chroniques, qui non seulement nous sommes résignés à la souffrance mais qui sommes heureux de vivre dans la souffrance, est une leçon pour les bons vivants de cette terre, pour ceux qui sont égoïstes, mécontents, révoltés...
Et puis il y a l’apostolat de la parole. Des gens qui viennent, poussés par la seule curiosité et que nous pouvons, de façon apparemment accidentelle, travailler au nom du Seigneur. Des amis qui souffrent de petites croix minuscules comme le pistil des pâquerettes et qui viennent s’épancher chez nous... et que nous, les grands crucifiés, nous consolons en leur faisant voir que la croix est un don et non pas une punition. Des malades comme nous, mais qui sont moins abandonnés à Dieu que nous ne le sommes, et qui à cause de cela souffrent moralement plus que nous, et à qui nous pouvons donner beaucoup d’aide par nos paroles ou par nos lettres.
Une âme victime doit devenir le Cyrénéen de tout le monde, et d’abord de notre bon Jésus, en continuant à porter la croix que Jésus porta, et de notre prochain, en portant les croix qui, même si elles ne sont pas importantes, lui paraissent très lourdes... Ce sont nos épaules d’âmes victimes qui doivent s’abîmer sous ce cher poids de la croix. Chez nous il y a la connaissance exacte de l’amour et cela est la nourriture, le moteur qui nous permet de porter ce poids sans faiblir et sans fatigue.
Elles sont donc les bienvenues les croix de nos frères. Puissent-ils nous trouver toujours prêts à les relever, quand ils se découragent, ceux à qui ces croix sont envoyées. La prière et le sacrifice pour les plus faibles, humble requête à Dieu de souffrir pour ceux qui ne savent pas souffrir, voilà ce que nous devons faire, nous qui, dans notre existence usée de malades chroniques, sommes des athlètes de l’esprit, nous qui avons compris le pourquoi de la souffrance, goûté le goût divin et pénétré sa beauté céleste.
“Nous montons sur l’arbre de la très sainte Croix, écrit sainte Catherine. C’est là que nous verrons et que nous rencontrerons Dieu. C’est là que nous trouverons le feu de son inestimable charité qui lui a fait encourir l’ignominie de la croix, l’a soulevé de terre, lui a fait endurer la faim et la soif en l’honneur du Père et par souci de notre salut. Si nous le désirons, nous pouvons accomplir en nous cette parole issue de la tendre bouche de vérité: “Lorsque je serai soulevé de terre, j’attirerai tout le monde à moi”. Et si vous me dites: “moi je ne peux pas monter parce que c’est trop haut”, je vous répondrai qu’il a fait de son corps un escabeau. Mettez fin à toute hésitation aux pieds du Fils de Dieu et accédez à son coeur qui est ouvert et consumé pour nous, alors vous trouverez aussi la paix de sa bouche et vous deviendrez connaisseurs et mangeurs d’âmes.”
Voilà le secret pour accéder à l’identification avec le Christ et son oeuvre. La Croix. C’est elle qui nous donne Dieu. C’est elle qui nous donne les âmes.
Face à certaines invitations à la souffrance j’hésite un instant... c’est la partie humaine qui tremble en moi... Mais j’ai l’impression de voir Jésus, en habits de mendiant qui me tend la main... Alors je n’ai plus le courage de rien lui refuser et je lui dis: “Cette souffrance aussi, ô Seigneur, pour que t’aime encore une âme de plus!”
L’âme qui est unie étroitement à Dieu n’est plus limitée. En aucune façon. Elle est perdue dans son Seigneur comme une goutte dans l’océan et une étoile dans le firmament. Elle a devant les yeux l’espace illimité et libre dans lequel Dieu vit. Le ciel et la terre, les vivants et les morts, peuvent être contenus dans l’âme et aidés par elle.
Lorsque l’union à Dieu est entièrement réalisée, jusqu’à la mort de la croix, pour devenir semblable au Dieu fait homme, elle nous procure vraiment l’image et la ressemblance avec Dieu dont un des côtés du prisme consiste dans l’universalité et l’infini. Elle ne connaît plus de limites l’âme qui s’est donnée à Dieu comme un fétu de paille s’abandonne à la vague qui le porte. C’est Dieu lui-même qui nous pousse à agir et à prier, selon son bon vouloir, et nous, nous ne sommes rien, sinon une volonté qui est absorbée par sa Volonté.
Doux esclavage d’amour qui annules notre personnalité humaine et nous transformes dans la personnalité même du Christ, dans lequel nous sommes absorbés, qui pourra donc te raconter dans toutes tes splendeurs, dans toutes tes grandeurs, dans toutes tes béatitudes? Je comprends le geste des Séraphins qui se recueillent pour adorer Dieu derrière leurs grandes ailes, afin de cacher la splendeur de son visage. Mon âme aussi, en face du mystère de Dieu qui, dans toute la magnificence de ses trésors, se baisse sur sa pauvre petite esclave, se recueille en adoration, accueillant en elle-même l’ardeur et la splendeur qui émane de Dieu, et se tait en adoration. Face au poème d’un Dieu qui nous aime, il n’y a qu’un silence d’adoration qui soit digne de sa présence...
Cela peut sembler vilain de me nommer “esclave”, alors que Dieu nous a fait ses enfants et nous a fait libres. Mais je crois qu’il n’y a rien de plus beau que de renoncer par amour à notre liberté humaine, dont les fils d’Adam sont habituellement tellement jaloux, et dire au Créateur: “Toi qui m’as fait, sois non seulement mon Père et mon Créateur, mais soit aussi mon Patron et mon Roi, car je ne suis qu’un rien qui n’est pas capable de se tenir tout seul.” Si l’homme peut de lui-même se faire l’esclave du démon, pourquoi ne pourrait-il pas se proclamer librement aussi esclave de Dieu? Moi qui connais ma propre faiblesse, qui est vraiment trop de faiblesse, car je ne peux me tenir debout sans crainte, je me confie au plus fort, à Dieu notre Seigneur. De cette façon, je me mets moi-même à l’abri de l’autre, l’ennemi éternel.
Ah! Je ne regrette pas de m’être ainsi donnée! Je ne le regretterais pas même si le Seigneur ne m’avait pas donné tout ce qu’il m’a accordé comme grâces, pour moi-même et pour tous ceux que je lui recommande. A moi il a accordé des grâces infinies de lumière, de protection, de progrès spirituel. Aux autres, des grâces contingentes, proportionnées aux besoins des circonstances et des individus. Mais toutes grâces aptes à soulever une pensée de gratitude vers celui qui les donne.
J’aurais encore beaucoup à dire sur cette dernière période de ma vie. Mais ce me semblerait soulever le voile sur un lieu sacré, ou bien me vanter. Il vaut donc mieux me taire. Je conclus donc.
En vous écrivant à vous, qui êtes prêtre, je pourrais aussi me passer de ce que je vais dire, qui est plus utile aux petites âmes qui ne savent pas encore combien est bon, patient, amoureux le Seigneur. Mais je vous l’écris quand même, pour la seule petite âme que j’ai gardée près de moi, tout au long de ce travail que j’ai exécuté sur votre ordre, mon Père, et que j’ai élevée au rang d’auditrice, afin qu’elle me rappelle à l’ordre s’il m’arrivait, quelque fois et sans le vouloir, d’altérer les faits. Je suis tellement peu persuadée d’être “quelqu’un”, que je crains toujours de donner de moi-même un portrait bien meilleur que l’original... Je pense aussi que ces derniers mots pourraient faire du bien à cette âme, que Dieu a mise à mes côtés, certainement pour un dessein que lui seul connaît. Je prends donc la parole.
Rien ne doit nous tenir à l’écart de Dieu, pas même le prétexte que nous sommes trop petits pour nous approcher de lui. Mais rien non plus ne doit nous retenir de concrétiser dans la réalité une inspiration, sous prétexte que nous ne sommes pas capables de travailler pour le Bien. Ce sont là des scrupules démoniaques, bons pour paralyser nos bonnes impulsions et pour nous tenir à l’écart de la source de toute perfection.
Je ne me suis jamais arrêtée pour considérer les “mais” ou les “si” qui coupent les ailes et mettent en fuite les âmes qui sont tournées vers Dieu. Je sais très bien que je ne suis qu’un amas de défauts. Mais je sais également que Dieu connaît cela mieux que moi. Et je sais que Dieu, dans sa justice, n’attend pas davantage que ce que nous pouvons lui donner.
Je sais que la seule chose qui offense Dieu c’est quand nous avons délibérément l’intention de faire le mal, et cela malgré tous les rappels à l’ordre et les secours qu’il nous procure pour nous faire faire le bien. Je sais encore que les imperfections sont une nécessité douloureuse qui nous garde dans l’humilité et dans la conviction que nous ne sommes que vices, lorsque nous sommes livrés à nous-mêmes et que nous vivons selon la chair, dont sont pourtant si fiers les hommes. Je sais que les imperfections sont une douce démonstration de l’ampleur et de la profondeur du coeur de Dieu qui les comprend et les pardonne.
Je suis heureuse lorsque j’agis bien, car cela plaît à mon Père. Mais je ne me décourage pas si je chute à nouveau dans les imperfections. Ces chutes augmentent mon humilité et ma gratitude, face à l’infinie miséricorde de Jésus, envers ceux qui mettent en lui leur confiance. Car il est le Sauveur, et je présente à lui mes manquements, au fur et à mesure que je les commets, pour qu’il les annule et continue avec moi son oeuvre de Salut.
Rien ne pourrait m’éloigner de Dieu, pas même les fautes les plus graves, que je n’oserais pas confesser à la justice humaine. Depuis que j’ai compris exactement qu’elle est la bonté infinie du Seigneur, je n’ai plus peur de rien. Il m’arrive même de penser qu’il m’aime beaucoup, justement parce que je suis aussi imparfaite, malgré mon désir d’être parfaite. Et plus je me rends compte que j’ai été imparfaite, plus je cours vers lui en criant: “Jésus, aie pitié de moi!”
Si les âmes savaient avec quel amour le Christ les aime, il n’y aurait pas une seule âme qui se perdrait, car face à chacune de ses erreurs elle se mettrait aussitôt à courir s’abriter dans son coeur miséricordieux. L’erreur consiste justement dans le fait qu’au contraire on manque de confiance, et que l’on a peur de Dieu et de son châtiment.
Un amour vicié dans sa forme et sa substance fait en sorte que les âmes regardent vers Dieu comme elles regarderaient un souverain de la terre, connu pour son despotisme autocrate et son intransigeance, ou bien elles ne le regardent même pas; elles se cachent et cherchent à l’éviter. C’est ainsi qu’elles se perdent. Il y a encore trop de jansénisme parmi les catholiques. Pourquoi se tenir éloigné de Jésus par un excès de respect? Le respect est une bonne chose, mais il est destructeur de l’amour lorsque il est poussé à un degré trop élevé. Mieux vaut de beaucoup l’abandon amoureux des fils envers leur Père, plutôt qu’un rapport de sujet envers un monarque intangible sur son trône.
Si, il faut aller à Jésus. Allons-y toujours. Si nous nous sentons purs des ombres du péché, allons-y car il s’entoure de ceux qui sont purs. Mais allons-y aussi si nous avons péché, car il a quitté le ciel justement pour racheter les pécheurs. Allons à lui pour être fortifiés contre nos faiblesses, et réconfortés dans nos perfectionnements. L’idée que “demain, je recevrai Jésus” est la plus belle tenaille contre nos passions, toujours prêtes à se dresser comme des chevaux indomptés. Et l’idée qu’“aujourd’hui, j’ai fait plaisir à Jésus”, est le meilleur viatique de notre journée, le remède contre toute peine, le calmant apte à favoriser un repos authentique sous le regard des anges. Quel doux sommeil aura la créature qui s’abandonne au repos, l’âme en paix avec elle-même et avec Dieu. Ce sera un sommeil restaurateur pour la chair, et qui donnera à l’âme des ailes pour s’élever, même durant le sommeil, jusqu’à Dieu.
Mais notre vie ne doit pas être tissée d’hypocrisie qui pèche et puis se confesse, puis repèche encore. Elle doit être constituée au contraire d’un amour qui incite au bien et qui réfrène le mal pour être digne du baiser du Christ. Si nous avons été gentils nous allons à Jésus avec le sourire, si nous avons été méchants, allons-y avec nos larmes de repentir. Car il veut les essuyer. Soulagée par lui, notre humiliation se transforme en force. Si nous nous contentons de la supporter par nous-mêmes, elle se transformera en faiblesse et nous coupera les ailes. La confiance en Dieu supplée à tous nos manquements humains. Et non seulement aux manquements qui sont des fautes. Mais aussi aux manquements qui ne sont qu’une carence de nos facultés mentales et spirituelles, qui ont toujours en nous quelques imperfections. Si nous mettons notre appui sur Dieu, tout en nous s’améliorera.
Je me rends compte, depuis des années, que c’est Dieu qui agit en moi. Depuis des années, c’est-à-dire depuis que j’ai supprimé mon moi humain et que je me suis faite reconstruire par Dieu, en m’oubliant moi-même et en n’ayant en vue que lui. Même mes propres perceptions si perspicaces de ce qui advient dans le coeur d’autrui n’ont rien qui vienne de moi. Car par moi-même je serais plus sourde qu’une taupe à toutes les ondes sonores qui émanent de mes âmes soeurs. Mais une force, très supérieure à la mienne, me rend capable de deviner les besoins des créatures. Parfois je reste la bouche ouverte en m’apercevant qu’en parlant de la sorte, presque sur la suggestion d’un tiers, je mets vraiment le doigt sur une plaie. Et j’avoue à moi-même: “C’est vraiment Dieu qui agit pour nous lorsque nous nous sommes abandonnés totalement à lui.”
Mais je dois aussi préciser aux petites âmes mes soeurs, dont le plus grand tort est celui de vouloir considérer Dieu selon nos mesures humaines, que s’il faut d’une part avoir pleine et totale confiance en lui, il ne faut par prétendre pour autant que ce soit lui qui fasse tout. Ce serait de la bêtise. C’est nous qui devons aider l’oeuvre de Dieu en mettant toute notre bonne volonté, et une bonne volonté tenace, pour répondre aux inspirations et au travail de Dieu. Si nous faisons résistance, ou si nous voulons agir uniquement par nous-mêmes, ou même ne rien faire du tout, alors on n’accédera à rien de bon.
Nous devons aider le bon Dieu par notre bonne volonté. Alors, à son tour, Dieu nous aidera et de cet échange d’aides réciproques découle le perfectionnement spirituel. Vouloir agir par nous-mêmes serait de l’orgueil. Or l’orgueil détruit. Voilà pourquoi notre travail ne laisserait aucun fruit, mais un vide désolant, voire un arbre aux fruits empoisonnés.
Il ne faut pas nous décourager s’il nous arrive de culbuter. Cela aussi serait encore de l’orgueil. Nous sommes éternellement des enfants à l’école de l’esprit. Et les enfants tombent souvent. Mais ils ne se font pas trop mal. Ce sont les adultes qui se font mal parce qu’ils ont les os trop durs et qu’ils ne sont pas assez souples. Si par ailleurs, il arrivait par malheur, que nous nous fassions très mal, c’est une raison de plus pour nous réfugier dans le sein de Dieu qui nous guérira de tous nos bobos. Par contre si nous enfermons ces blessures en nous par orgueil, ou par honte stupide et inutile, il adviendra que ce qui n’était qu’une écorchure va se transformer en tétanos ou gangrène.
Je voudrais dire à toutes les petites âmes: “Ayez confiance en Dieu, mes frères, car il est le seul qui ne soit dégoûté par personne. L’homme se retire en critiquant et en méprisant les coupables. Dieu les presse sur son coeur. Les chrétiens n’avancent pas dans la perfection parce qu’ils ne savent pas encore qui est Dieu, quelles sont ses qualités et ses goûts. Ils jugent Dieu comme l’un des leurs, limité, mesquin, vindicatif, intansigeant, entêté dans ses positions. Alors que Dieu est amour! Alors que Dieu nous désire à tout prix. Alors que Dieu est mort pour nous sauver, et qu’il a connu nos péchés avant même que nous ne soyons! Les paroles les plus douces du Verbe furent prononcées pour la femme adultère, la pécheresse, la samaritaine, le bon larron et pour le publicain. Jésus, qui condamna violemment la bonté hypocrite du pharisien, su trouver un ton d’une miséricorde infinie pour les coupables qui se reconnaissaient tels. De la même façon qu’il purifia les lépreux de leur maladie répugnante il rendit la pureté aux âmes sales qui venaient à lui pour être émondées.”
Il faudrait toujours réfléchir sur ces vérités évangéliques, que trop de personnes passent sous silence et que beaucoup ont oubliées, des vérités qui dévoilent toute la doctrine de miséricorde et de confiance que Jésus est venu enseigner pour nous conduire au ciel. “Je veux la miséricorde et non le sacrifice” dit Dieu. C’est ce qu’il faudrait toujours se rappeler pour avoir confiance en lui et pour être miséricordieux à l’égard de nos frères.
Et il faut redire ici ce que j’ai déjà dit ailleurs. Si, au lieu de nous remplir la tête avec une quantité de manuels ou une quantité de gros livres, les chrétiens faisaient de l’Evangile le pain quotidien de leur esprit, ils n’auraient pas autant de mal à avancer dans la voie royale de l’amour et de l’abandon en Dieu. S’ils se nourrissaient vraiment de la parole du Verbe, de la Parole entre toutes les paroles, ils ne seraient plus torturés par l’égoïsme, désséchés par la dureté de coeur, ni gelés par la méfiance. Mais ils ne feraient que cheminer dans la lumière, vivre dans la charité, reposer dans la Paix, et ennoblir leur personne par un sacrifice qui ne coûte pas lorsque l’on aime...
Quelle sainte ardeur nous aurions chaque jour et aux heures exceptionnelles de notre existence si nous étions imprégnés de l’esprit de l’Evangile! Comme tout cela prendrait en nous un son, une clarté et un aspect différents!
Comment, mais comment peut-on donc manquer de confiance, ou désespérer, lorsque à chaque instant on entend retentir en soi la parole du Christ? Comment, mais comment peut-on éprouver de la répugnance pour la souffrance lorsque l’on sait de quelle manière la souffrance fut supportée par le Fils de Dieu et par amour pour nous? Comment, mais comment peut-on donc avoir peur de Dieu lorsque l’on sait que Dieu nous a tellement aimés qu’il nous a donné son propre Fils pour notre rachat et à ce Fils, qui nous a aimés jusqu’à mourir sur la croix, il a remis tout pouvoir de jugement? Comment, mais comment tituber encore lorsque, avec l’âme qui fond de tendresse, nous lisons les dernière prière de Jésus, après la cène?
J’ai terminé, mon Père.
Un écrivain français dit que toute vie qui se détache de la médiocrité de la masse “est un rêve de jeunesse réalisé à l’âge mûr”. Je peux dire en fait qu’à l’âge de ma maturité j’ai réalisé le rêve mystique de ma première jeunesse.
Cette réalisation a été longue, douloureuse, et a subi des ralentissements et des vides. Mais les plantes qui s’épanouissent le mieux en hauteur et en âge sont celles qui, avant de s’étendre triomphalement vers le ciel, ont connu un important développement souterrain. C’est seulement lorsque les racines sont lentement et profondément enracinées sur des mètres et des mètres dans le sol, qu’alors l’opulence de l’arbre devient manifeste. C’est pareil dans le travail des âmes. Il est d’autant plus durable et fécond que le travail intérieur a été une chose non pas superficielle mais profonde. Je peux dire que durant les phases extérieures de ma floraison en Dieu j’ai été littéralement transpercée par une intense activité intérieure. Si bien que cette réalité de la maturité de ma vie est enracinée dans le rocher et ne craint pas d’être déracinée par le moindre coup de vent.
Quiconque lira ce que j’ai écrit ici pourra exprimer des jugements plus ou moins gentils. Mais je ne me soucie pas de l’appréciation que porteront les hommes, ni en ce qui concerne le style, ni pour ce que je peux paraître, ni pour aucune autre raison. Dans ce récit, je me suis présentée telle que je suis; on y trouve ma chair avec ses passions humaines, mon âme avec ses espérances spirituelles, mon esprit avec son amour d’adoration. Je n’ai pas voulu faire une oeuvre littéraire. J’ai jeté sur le papier mes pensées, telles qu’elles me venaient, les tirant du fond de mon coeur, sans me préoccuper de les embellir ou de les rendre littéralement parfaites. Ce récit est le fruit de mon coeur, plus que de mon cerveau.
Si un critique profane y mettait le nez, il pourrait noter que le début du récit a plus d’enthousiasme que la fin et à partir de là argumenter que je me suis lassée en cours de route... Il commettrait une grave erreur. Ce qui pourrait paraître de la fatigue est au contraire une plus haute élévation d’esprit en Dieu.
Après avoir dépassé tous les souvenirs humains et être pénétrée dans la vaste mer où l’on vit seulement à deux, l’âme avec Dieu, une paix surhumaine et une majesté ultraterrestre m’ont envahi le coeur et donné un ton nouveau à mon chant.
Le rossignol a trois sorte de chants qui sortent de sa gorge. Le premier, harmonieux mais impatient, il le chante quand il est à la recherche de sa compagne et va la chercher dans les taillis. Le second, plus amoureux et dégagé, c’est quand, l’ayant trouvée, il lui parle d’amour. Le troisième est le chant parfait, d’une mélodie solennelle, calme, que j’appellerai presque religieuse, lorsque, bien droit près du nid, où sa compagne s’occupe de la progéniture, il veille sur ses rêves devenus réalité et bénit la vie qui les lui a concédés.
Mon âme a suivi l’évolution du rossignol. Après avoir chanté l’agitation des premiers temps et les ardeurs du second, elle s’élève solennelle et empreinte d’une paix céleste, rendant à Dieu toute louange et toute bénédiction. Tout réflexe humain est tombé, paroles et pensées planent dans le divin. Et le divin ne connaît jamais d’exaltations, d’énervements, d’agitations. Il est la Paix. Une paix que rien ne parvient à troubler. Et mon âme y est plongée.
Je suis arrivée à cette rive après bien des souffrances. Mais si la souffrance a été la rame et la voile qui m’ont permis d’arriver plus vite jusqu’à toi, mon Dieu, qui es Paix, Miséricorde, Amour, alors, encore une fois, bénie soit la souffrance! Et si à cause de la souffrance, moi qui ne suis rien je suis devenue quelqu’un à tes yeux, mon Dieu, que tu sois béni encore une fois pour la souffrance que tu m’as donnée comme ton plus beau cadeau.
Mon âme te loue, ô Seigneur, et exulte en toi qui as voulu poser un regard bienveillant sur le rien que je suis et en faire un instrument de bien pour d’autres riens semblables à moi. Que tu sois béni, Seigneur, mon Sauveur, qui m’as libérée de tous mes ennemis, m’as recouverte de ta miséricorde, m’as nourrie de ton amour, m’as soutenue, pardonnée, instruite, consolée, car tu t’es fait mon ami et mon parent, mon maître et mon médecin.
Tu m’as concédé de te connaître pour ce que véritablement tu es, seul vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ, et pour cette grâce je désire te dire merci, de tous les battements de mon coeur et pour toute l’éternité, mais cela ne sera jamais assez, car te connaître et t’aimer, ô Dieu, est un tel bien qu’il n’existe pas de gratitude adéquate.
Tu m’as permis de parler de toi à un grand nombre de créatures que tu m’as confiées, et à cause de cela aussi; merci mon Dieu! Pour ces personnes, pour tous ceux que j’ai aimés, connus, conduits, et qui ont avec moi des liens de sang ou de simple fraternité humaine, j’ai prié et souffert, ô Dieu, pour que tous puissent entrer là où, confiant en ta miséricorde, j’ai foi d’entrer dans ton royaume éternel. Même maintenant, tandis que je meurs, je prie pour eux et une fois encore je t’offre ma vie. Toi, Père, préserve-les du danger de te perdre, toi qui es l’unique vrai bien. Je te prie pour eux, Seigneur, et pour toutes les pauvres âmes qui ne savent pas où se trouve la voie sûre, la voie véritable, la lumière qui ne meurt jamais.
Oh! Seigneur, je voudrais avoir des milliers et des milliers de vies pour toutes te les offrir, Père saint, comme un bouquet d’holocaustes en faveur du bien du monde.
Tu le vois, ô Père, que c’est là un cri qui monte du fond de mon esprit et qui monte comme un encens et une flèche jusqu’àux pieds de ton trône, ô mon Dieu. Ne regarde pas, ô Seigneur, la bassesse de ta servante, mais regarde son désir de t’aimer, regarde sa générosité de souffrir pour être une graine de bien dans les coeurs devenus stériles. Multiplie les battements de mon coeur et à chaque battement ajoute une souffrance et, avec la souffrance, la force de souffrir. C’est à toi, Père saint, que je demande cette force, que toi seul peux donner à nous, misérables créatures.
Et à cause de mon sacrifice caché de chaque instant, ô Père, donne-moi des foules d’âmes à t’offrir. Fais-les avancer et moi aussi dans la lumière, dans ta lumière, et, lorsque pour nous le temps sera accompli, ouvre-nous, ô Dieu, les portes de ton royaume et les portes de ton coeur en sorte que pour l’éternité on se délecte de toi, tout puissant, éternel, et Dieu trine.