Autobiographie

7. “Ceux qui pleurent sont ceux qui savent” – (Ruysbroeck)


Nous sommes aujourd’hui le 10 mars, le mercredi des Cendres. C’est donc le début du carême. C’est pour moi toujours un temps d’événements qui me laissent un signe ineffaçable.

Si l’on y regarde bien, nombreux sont les principaux événements de ma vie qui sont advenus dans cette période de temps qui court du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques.

Il y a d’abord ma naissance. Comme la violette, je suis une petite fleur de carême. Je m’épanouissais à la vie et à la grâce en ce temps de pénitence qui précède Pâques et mes petits yeux, qui pleuraient le ciel qu’ils avaient perdu, virent en premier lieu le parement de pénitence de l’Eglise...

C’est en carême que je fis ma première confession.

C’est en carême que j’entrais au collège.

C’est en carême que je quittais le collège pour rentrer à la maison.

C’est en carême que je m’éveillais pour la première fois à l’amour humain.

En carême enfin, mes embrassements les plus intimes avec Dieu, lorsque l’amour humain, s’étant éteint comme une fleur éphémère inadéquate pour mon âme, céda la place au seul Amour envers Celui qui déjà s’était montré et fait aimer par une enfant, sous un visage couvert de sang et sous des membres transpercés.

Née en un temps de tristesse et de pénitence, destinée à aimer Jésus-douloureux, il est bien juste que je doive avoir connu de bonne heure les pleurs, et toujours davantage de pleurs. Qu’il soit béni celui qui fut pour moi la rosée, qui désaltéra la petite plante d’amour que j’étais, et fit d’elle un “grand arbre dont les branches abritent les oiseaux du ciel, qui viennent s’y reposer”.

Le grain de sénevé, le plus petit parmi toutes les graines et le symbole du royaume des cieux, représente pour moi l’Amour. Car l’Amour seul peut nous donner, à nous autres qui sommes si imparfaits, la capacité de conquérir le royaume des cieux.

Mais l’amour que Dieu avait déposé, comme une petite graine, dans la petite âme que j’étais, était descendu en cet enfant comme une goutte de sanglot divin; car cet enfant avait besoin de pleurs, de souffrances, pour mettre des racines et du feuillage et s’élever jusqu’au ciel... Mais pour atteindre le ciel, cet enfant a dû, après avoir fait face à de nombreuses tempêtes dans sa vaine tentative de se débarasser de la souffrance, regrouper ses branches en forme de croix et se clouer sur cette croix.

Alors cet arbre, alimenté par les pleurs, réchauffé par l’amour, émondé par la souffrance, est devenu un arbre géant, et j’espère que son feuillage vivra éternellement et qu’il obtiendra pour mon ange la palme du vainqueur et le cep pour la confection de la couronne de ma victoire et l’enseigne de mon martyre.