Autobiographie
14. Ma cousine et mon oncle
Durant l’été 1916 ma cousine Giuseppina vint chez nous. Elle était en convalescence, et devait se remettre d’une mauvaise adénite et mastoïdite. C’était la fille (du moins espérons-le) de ce fameux tonton dont je vous ai parlé il y a quelque temps, qui était le frère de maman. C’était lui, dont la venue à la maison avait provoqué mon départ au collège. Je n’avais jamais vu sa fille car elle avait toujours été au collège, où l’on voulait la préserver de l’influence néfaste de sa mère et de sa tante. Elle avait alors vingt ans et moi dix-neuf. Mais avant même qu’elle n’arrive, je l’aimais déjà.
Maman m’avait annoncé que cet été-là elle ne m’aurait pas offert de nouvelle robe, ni de chapeau, car elle devait s’occuper de Peppina. Nous n’étions pourtant pas limités dans nos moyens au point de ne pouvoir affronter le renouvellement de deux garde-robes pour l’été. Quant à Maman, pour me faire accepter ce qu’elle considérait et croyait qu’aurait dû constituer pour moi des couleuvres à avaler, c’est-à-dire la venue de ma cousine, elle me parlait avec une douceur inhabituelle. J’aurais accepté de vivre toute mal vêtue, si cela m’avait permis d’entendre maman me parler toujours de la sorte!... Il est évident que j’adhérais à tous ses projets. Qui plus est, détachée de toute chose comme je l’étais désormais, outre mon inclination vers la mort, j’étais plus encore qu’avant opposée à toute coquetterie.
Et puis... l’idée d’avoir auprès de moi une cousine de mon âge, ancienne collégienne comme moi, éduquée par les soeurs du même ordre que les miennes... Ah! Tout cela m’enthousiasmait! J’étais donc décidée à l’aimer comme une soeur. Et il en fut ainsi.
Elle arriva avec son père, ici à Viareggio. L’oncle s’arrêta quelques jours, puis repartit à Bergame, pour l’hôpital où il était bibliothécaire (outre le fait qu’il était hospitalisé à vie). Et Peppina resta auprès de nous. Nous nous attachâmes beaucoup l’une à l’autre. Je dois dire, à son honneur, que bien qu’elle soit née d’une bonne à rien et ait vécu dans un milieu peu respectable jusqu’à l’âge de huit ans, elle ne me donna jamais l’occasion de me scandaliser. Elle était un peu légère. Mais autour de vingt ans nous le sommes tous.
Nous faisions de belles promenades avec papa, nous allions nous baigner, etc. Il y avait aussi avec nous deux petits cousins, des garçons, l’un avait 14 ans et l’autre 8 ans. Ils arrivaient de Vénétie et étaient venus pour se baigner par ici, car l’Adriatique n’était pas très sûre à l’époque.
J’étais particulièrement sereine cet été-là. Cela faisait longtemps que je n’avais été aussi tranquille. Qui plus est, comme ma cousine était très pieuse à l’époque, elle se rendait souvent à l’église. Je l’accompagnais donc à l’église Saint-André, qui était notre église paroissiale durant l’été. Maman n’osait pas contrecarrer sa nièce, car elle voulait s’en faire une amie.
Il faut que je vous raconte ici une anecdote qui n’a peut-être pas beaucoup à voir avec mon récit, mais qui ne lui est pas, je pense, tout à fait étranger.
J’aimais beaucoup notre petit appartement de la rue Humbert 1er où j’étais entrée pour la première fois lorsque j’avais à peine sept ans. Et je m’y étais toujours trouvée très bien. Mais durant cet été-là, je ne m’y trouvais pas à mon aise. Pourquoi donc? Qui le sait? Je ne saurais pas vous dire moi-même ce que j’éprouvais exactement.
Le fait est que je ne me sentais jamais seule. Je m’explique. Même si je me trouvais seule à la maison, ce qui arrivait parfois, j’avais l’impression qu’autour de moi, il y avait une présence invisible, mais réelle. Craintive comme je suis de ce que je ne connais pas, j’avais peur. J’en parlais à maman qui, selon son habitude, se moqua de moi et me réprimanda. Mais ni son ironie, ni ses reproches ne servirent à augmenter mon courage et à m’empêcher de sentir constamment cette présence mystérieuse.
Une nuit, le 17 août 1916, alors que nous nous étions beaucoup amusées avec les petits cousins et que nous nous étions endormies toutes deux dans nos deux petits lits, comme deux grands bébés, nous fûmes réveillées par le tremblement d’un lourd socle placé dans le renforcement de la fenêtre. Mon chien, qui dormait avec nous deux, gronda. J’allumai la lumière, craignant quelque tremblement de terre. Mais le fil de la lampe était immobile. J’éteignis, puis prises par le rapide sommeil de la jeunesse, nous nous remîmes à dormir.
Une demi-heure plus tard environ, trois coups très forts, comparables au bruit d’une main ouverte qui frappe une porte, furent entendus contre la porte de notre chambre. Avant même d’allumer la lumière, alors qu’une sueur froide m’inondait complètement, je demandai: “Mamie, c’est toi?”. Je ne sais pas pourquoi, treize ans après sa mort, en cet état demi-éveillé où j’étais, je me mis à penser à elle.
Toute la maison fut en émoi. Papa accourut. Les cousins accoururent. Maman accourut. Papa et les cousins ne dirent rien, à part naturellement la demande de savoir ce qui avait provoqué tout ce bruit. Eh! Nous aurions bien voulu le savoir! Mais maman fit une série de remontrances et je crois qu’aujourd’hui encore elle est convaincue que c’est nous, les filles, qui avions fait une blague... Et pensez que nous avions toutes deux une peur telle que nous avons continué la nuit dans un seul lit, pour nous rassurer l’une et l’autre.
A la mi-septembre les petits cousins s’en allèrent et nous restâmes toutes deux avec mes parents.
Pendant que nous étions occupées à faire nos bagages pour rentrer à Florence, arriva un télégramme qui nous annonçait que tonton était mourant. C’était le 30 septembre. Maman partit avec ma cousine pour Bergame. Je restais avec papa.
Durant ces jours-là où j’étais seule avec papa, je sentis plus que jamais cette présence invisible d’êtres incorporels. J’éprouvais une peur colossale... Mais je n’en disais rien pour ne pas être tournée en dérision par papa, même s’il l’aurait fait avec beaucoup de gentillesse. Une nuit, je me réfugiais auprès de lui car j’avais l’impression que le long du mur — remarquez bien que notre maison était à deux étages et dépassait les deux maisons voisines, le mur de ma chambre ne s’appuyait donc pas sur une autre maison —, j’avais donc l’impression que l’on frottait ce mur avec les mains, un peu comme font les maçons lorsqu’ils crépissent.
Puis maman et Peppina furent enfin de retour: tonton avait échappé à la pneumonie.
Nous partîmes pour Florence et allâmes habiter un nouvel appartement parce que l’autre avait été endommagé par un tremblement de terre. La nouvelle maison était située dans la rue Pippo Spano: c’était un appartement triste, coincé entre des maisons, tant sur la façade que de l’autre côté. Pourtant j’arrivais encore à voir de là la petite Madone sur la porte du couvent des Jésuites et j’étais tout près de cette église. C’est là que nous passâmes l’hiver.
Je m’entendais bien avec ma cousine. Mais il y eut quelques accrochages entre elle et maman. Maman, qui avait l’habitude de m’accuser d’un millier d’étourderies, s’était rendue compte que sa nièce était plus distraite que moi et voulut user à son égard de la même sévérité qu’elle avait coutume d’exercer sur moi. Mais Peppina, ce n’était pas Maria... Aussi cela produisit l’effet contraire. Peppina chercha tous les bons prétextes pour passer le plus de temps possible hors de la maison. Comme elle était très forte en travail domestique, elle commença à enseigner à l’Institut Sainte-Catherine et, le dimanche, au patronage. De la sorte elle mettait quelques sous de côté et trouvait moyen de rester loin de maman. C’est ainsi que je perdis sa compagnie pendant une bonne partie de la journée.
Pendant ce temps la guerre continuait et les restrictions commençaient à se faire sentir. Papa, maman et Peppina se débrouillaient avec des oeufs, du lait concentré, des pâtes à potage, des beignets frits dans le saindoux. Moi, qui possède un estomac résistant à sa façon, c’est-à-dire capable de digérer un plat entier de légumes crus mais pas une tasse de lait, ni de la friture et ni même des oeufs — si j’en mange un aujourd’hui, il me faut ensuite m’en abstenir pendant au moins dix jours —, je commençais à sentir la faim. Jusqu’en 1919 je n’ai jamais bu de café, aussi n’avais-je pas même son sucre pour me soutenir. Les souffrances morales et la faim contribuèrent de concert à m’affaiblir peu à peu.
En juin 1917, tonton, le père de Peppina, arriva sans prévenir. Il venait de démissionner de l’hôpital et, en un moment aussi difficile, il venait s’installer chez nous. Maman se mit dans une colère terrible. Mais le mal était fait. Pour ma part, malgré le souvenir que j’avais des excentricités de tonton, je lui ai fait bon accueil. Mon besoin d’aimer quelqu’un était tel que j’en serais arrivée à aimer... même le diable en personne. Au début tout se passa bien.
Au mois de juillet nous vînmes à Viareggio. Mais je compris alors que je ne pouvais plus faire de baignades. Je me sentais mal dès que j’entrais dans l’eau froide, alors que seulement l’année précédente j’avais fait plus d’une centaine de baignades!... Le coeur cédait de plus en plus. Maman me reprocha de ne point aller dans l’eau. Je lui dis que cela me faisait mal. Elle répondit, comme d’habitude, que j’avais des lubies. Amen!
De plus je sentais, plus fortement encore que l’année précédente, ces étranges présences invisibles dans la maison. Heureusement que durant cet été-là, les autres aussi les perçurent. Je pris mon courage à deux mains et je déclarais que je ne voulais plus habiter dans cette maison. Maman, qui s’était effrayée, même si elle ne voulait pas l’avouer, tout bien considéré décida de donner la maison en location. Tandis que l’on attendait le locataire qui aurait dû prendre possession de la maison pour y passer les mois d’août et de septembre, des voisins nous informèrent que la famille à qui nous avions pendant deux hivers de suite loué la maison, afin de la garder ouverte, y avaient pratiqué des séances de spiritisme. Il s’agissait d’un professeur de botanique avec sa femme et de ses deux filles qui avaient plus de vingt ans.
Je n’en tire aucune conclusion. Je dis seulement que ce fut la première fois que se manifesta une évidente incompatibilité entre le spiritisme et moi et que se révéla ma sensibilité à l’égard de certains phénomènes. Mais mon Dieu quelle peur!
Nous revînmes à Florence le 10 août.
Encouragée par son père, Peppina était désormais plus forte de caractère. Or vous savez combien les mêmes caractères ne peuvent s’accorder. Il faut qu’un fort caractère soit en présence d’un tempérament soumis, que quelqu’un d’orgueilleux rencontre une personne humble, et ainsi de suite, si l’on veut conserver l’harmonie dans les relations. Seulement maman, son frère et la fille de son frère avaient le même caractère. C’était donc la guerre perpétuelle. Un enfer!...
Entre temps il y avait eu la bataille de Caporetto et, devant l’énorme nécessité d’aide sanitaire, Delcroix avait tenu des conférences pour exhorter les femmes à se porter volontaires dans les hôpitaux de guerre, où les infirmières faisaient cruellement défaut — beaucoup s’étaient découragées ou étaient tombées malades — alors que le nombre des blessés avait augmenté dans des proportions démesurées.
Entrer dans un hôpital avait toujours été mon rêve. J’aurais pu me rendre utile, vivre loin de la maison et — c’était ce que j’espérais — attrapper quelque maladie qui m’aurait emportée dans l’autre monde. Car si je n’étais plus tourmentée par les batailles du désir sensuel, je portais toujours en moi ce grand désir de mourir. Et les manières d’agir de maman ne pouvaient certes pas me faire démordre de cette aspiration. D’autant que c’était moi qui était devenue le bouc émissaire des crises de nerf que provoquaient chez elle les disputes avec son frère et sa nièce. Mais ce cher tonton également, toujours athée et original, n’était pas le dernier à me tourmenter. J’en avais comme cela deux sur le dos!... Mais pas Peppina. Elle, de son côté, n’avait pas changé.
Devant le talent d’éloquence de Carlo Delcroix, qui portait encore les traces des récentes cicatrices sur son visage devenu aveugle, mais aussi pour ne point faire mauvaise impression devant les autres personnes présentes, maman dut m’autoriser à m’inscrire dans le service des Infirmières Samaritaines. C’est ainsi que le 15 novembre, j’entrais pour la première fois dans un hôpital.
Le premier jour, ou plutôt le premier matin, car cela se passa le matin, en voyant tous ces yeux portés sur moi, timide comme j’étais, je m’embrouillais et ce fut un désastre... Je butais contre une table de nuit et je renversais tout par terre: tasses, verres, bouteilles, etc. Heureusement que le blessé venait de prendre en main sa montre et le thermomètre... Ce fut pour moi le baptême d’infirmière. Ce fut une formule un peu bruyante, si l’on veut, et un peu onéreuse, mais en somme c’est ainsi que j’ai mouillé ma croix d’infirmière. Puis j’acquis rapidement de l’expérience et de la compétence.
Et comme j’étais aimée par ces pauvres garçons! C’était des soldats de troupe, car j’avais demandé à l’inspectrice des effectifs de ne point m’envoyer dans un hôpital pour officiers. J’y allais pour servir ceux qui souffrent et non pas pour afficher ma coquetterie ou pour trouver un mari. J’avais de tout autres projets en tête, moi!... Voilà pourquoi je voulais aller parmi les simples soldats, qui n’étaient grands que par leur héroïsme et leur patience.
Même les soeurs, les Filles de Saint-Vincent, les fameuses “Cornettes”, m’aimaient beaucoup. Et de même mes camarades infirmières et les médecins. En dix-huit mois d’hôpital je ne fus jamais l’objet d’un seul reproche, ou d’une indélicatesse. Je faisais mon devoir, et j’en étais aimée et respectée.
Les plus belles heures de la journée, je les passais dans les salles. Je me rendais à l’hôpital chaque jour, même le dimanche, et j’y restais de 13 heures à 20 heures et même plus longtemps s’il y avait des urgences ou des mourants. Après deux mois je passais dans le service d’isolement, parmi les tuberculeux et les condamnés pour différentes maladies. J’étais ainsi assignée à la deuxième section et à l’Isolement. Cela faisait autour de deux cents lits environ.
Comme l’hôpital se trouvait place Saint-Marc, dans l’édifice des Etudes Supérieures, je passais toujours devant l’église et le musée Saint-Marc. Je m’y arrêtais pour reprendre courage pour toutes les misères que je devais soigner: aux pieds du Nazaréen à l’aller et, le soir, j’entrais souvent pour quelques instants dans le musée, avant la fermeture, et les jours où l’entrée était libre, pour faire un plongeon dans le ciel après avoir été si longtemps dans le purgatoire de l’hôpital, je me plongeais en effet dans les tableaux du bienheureux Giovanni da Fiesole.
Vivre au sein de toute cette misère me faisait du bien. Cela m’attendrissait progressivement le coeur qui s’était durci sous une souffrance excessive. C’était comme si des écailles, comparables à celles qui recouvrent les tortues, tombaient en libérant mon âme au flot de la bonté. Et d’être obligée par ailleurs de porter Dieu à tous ces pauvres gens qui m’étaient confiés, m’obligeait lentement à m’approcher de Dieu toujours davantage.
Nous avions un aumônier militaire très pieux. C’était un passioniste qui, avec une patience, une douceur et un tact délicieux, opérait de véritables conversions. Mes grands garçons l’écoutaient beaucoup et étaient fidèles à leurs pratiques de piété.
Chaque après-midi, vers 15 heures, à la chapelle (une petite chapelle qui était presque sur le toit, petite mais très jolie) il y avait la bénédiction du Saint-Sacrement. Les blessés qui pouvaient se déplacer s’y rendaient. Un défilé de béquilles qui tapotaient dans les couloirs, de bâtons, de bras suspendus au cou, de têtes bandées... montait le petit escalier et les premiers arrivés entraient jusqu’à ce que la petite église soit comble. Les autres s’entassaient dehors, sur le palier, le long des escaliers... et ils chantaient. Cela faisait un beau coeur de voix d’hommes! C’était émouvant de les entendre chanter ainsi, avec foi, avec ferveur, ces survivants qui avaient combattu et tué dans des mêlées sanglantes et qui, maintenant, redevenus comme de grands enfants affaiblis par le mal, savaient redevenir bons, simples, confiants comme lorsqu’ils étaient enfants et qu’ils allaient à l’église avec leurs mères. Il me semble les entendre encore ces chants: “Nous voulons Dieu...”, “J’irai la voir un jour...” et de nombreux autres...
Jésus s’est servi aussi de mes blessés pour parler à mon coeur. J’ai pleuré en entendant ces chants... Mais déjà c’étaient des larmes différentes. C’étaient des larmes d’imploration, des larmes de purification, des larmes de soulèvement: ces larmes étaient le premier gradin de l’escalier qui montait à Dieu.
A la veille des fêtes et le samedi ils se confessaient et le jour suivant ils me disaient qu’ils avaient reçu la communion et me demandaient si moi aussi je l’avais reçue. Pauvres garçons! Que de bien n’ai-je pas reçu par leur intermédiaire! Ils me voyaient souvent avec le “cafard” et faisaient ce qu’ils pouvaient pour m’égayer.
A mon tour je leur ai donné aussi tous les trésors de mon coeur de femme. Je fus pour eux une mère et une soeur. J’ai surmonté des moments de répugnance, d’impatience, de fatigue, parce que je les aimais et qu’ils m’aimaient. Et je puis affirmer avec satisfaction que “là aussi, j’ai fait mon devoir. Ma conscience n’a rien à me reprocher, comme l’attestent encore les lettres de ces garçons, qui étaient plus âgés que moi, mais que je considérais comme mes petits enfants.”
J’aurais beaucoup de choses à dire sur ces garçons-là, mais cela nous amènerait trop loin... Il me suffit plutôt de vous avoir dit que j’ai agi correctement, sous tous les angles, dans cette situation-là aussi. Ah certes! c’est un grand soulagement que de pouvoir dire que l’on a bien agi. Je pense parfois que parmi mes chers garçons, ceux qui sont morts prient au ciel pour leur chère jeune petite soeur d’hôpital et qu’ils m’attendent là-haut. Je pense même qu’ils seront près de moi, à l’heure de la mort, pour m’aider, de même que j’étais près d’eux à leur dernière heure.
Mais revenons à tonton et à ma cousine.
Le matin du 23 décembre je me levai de bonne heure pour me rendre au Marché central. C’était l’époque des queues encore à ce moment-là et les queues c’était moi et maman qui les faisions. Ce matin-là c’est moi qui y allais parce que maman était constipée.
Au retour, un drame m’attendait à la maison: ma cousine s’était enfuie et mon oncle était sur le point de s’en aller à son tour.
Comme cela s’est toujours passé lorsque maman souffrait réellement, elle s’accrocha à moi et me raconta qu’il y avait eu une grosse dispute entre elle, Peppina et mon oncle. Au dire de maman, ils avaient tort. A entendre mon oncle, c’est maman qui avait tort. Moi je dis qu’il y avait des torts des deux côtés.
Maman avait raison d’inviter sa nièce à se montrer un peu plus sérieuse, car à l’époque désormais elle était devenue un peu trop coquette, mais elle aurait dû le faire avec un peu plus de douceur. Mais elle se comporta au contraire comme elle faisait avec moi, et les autres deux ne le supportèrent point.
Mais à leur tour ils manquèrent de reconnaissance et d’éducation. Au fond cette soeur et tante avait toujours aidé son frère et subvenu aux besoins de sa nièce au collège. A dire la vérité c’était mon père qui payait, mais tout de même... cela faisait des mois qu’elle accueillait sous son toit d’abord sa nièce et puis son frère, et elle avait fait front à des dépenses pour les soigner, les habiller, les nourrir. Il me semble qu’elle avait le droit à un peu de respect. Enfin ils auraient dû avoir du respect pour mon père, qui avait toujours été gentil à leur égard. Mais ils n’en tinrent pas compte.
J’essayais d’apaiser les esprits, car je voyais que maman était vraiment accablée. Mais mon oncle déclara qu’il “ne pouvait pas laisser sa fille exposée aux tortures d’une argousine aux méthodes croates”. C’est mot à mot ce qu’il me dit.
A midi, tandis que nous trois, dans un climat de grande tristesse, nous prenions du potage, mon oncle s’éclipsa, filant à l’anglaise, laissant la porte ouverte, après avoir déposé sur la table de sa chambre un message où il m’“ordonnait d’amener leurs affaires à l’adresse qu’il m’indiquerait plus tard.”
Ce fut un Noël bien triste cette année-là, en 1917! Maman était alitée avec une crise de foie, qui était une suite de ce drame, papa était mortifié et moi désolée.
Que voulez-vous y faire! Mais maman aurait quand même dû se souvenir que ni moi ni papa ne lui avions jamais procuré des tracas capables de la rendre malade à ce point...
Heureusement, ces jours-là Mario vint à Florence pour une quinzaine de jours de vacances et c’est lui qui s’occupa de beaucoup de choses. Il m’accompagna chez mon oncle pour y amener leurs affaires... à la mairie pour faire les démarches de séparation des cartes alimentaires... A la maison, c’est lui qui changea la disposition des meubles parce que maman affirmait qu’elle ne pouvait pas supporter de voir sa maison comme elle était lorsque les deux autres y étaient. Il devint même l’aide-soignant et le confident consolateur de maman qu’il appelait “ma chère mamie!”.
Mais pour moi aussi il se mettait en quatre! Et d’abord il exigeait que chaque matin je l’accompagne à l’église et reçoive la communion avec lui. Je ne sais si à l’académie militaire il était aussi fervent. Mais j’oserais dire que oui, car ses lettres rayonnaient de foi. Voilà un cas où le disciple avait bien dépassé son maître, ou plutôt sa maîtresse.
Evidemment, avec l’intelligence du coeur, il avait compris que j’avais besoin de Dieu pour souffrir, non pas nécessairement moins, mais avec moins d’amertume. Aussi me ramena-t-il vers Dieu. Je puis dire que, avec la force et la robustesse de sa jeunesse, entraîné à tous les efforts physiques, s’il soulevait sans difficulté des poids morts comme les meubles, de la même manière il me souleva de tout mon poids et me plaça sur un autel, tout près du tabernacle. Il ne me faisait pas de sermons. Je ne les aurais pas supportés. Car à certaines heures les prêches sont ennuyeux. Il agissait directement. Il avait compris que j’étais très malheureuse... Lui aussi avait eu une vie pas très heureuse, c’est pourquoi il comprenait. Il avait compris que je voulais mourir parce que j’étais fatiguée de souffrir et il eut recours au meilleur de tous les médicaments: il me jeta entre les mains de Dieu.
Si je suis retournée à Dieu, je le dois à la bonté du Seigneur, mais beaucoup aussi à ce cher Mario. Probablement qu’il avait parlé très clairement à maman et lui avait dit que je mourais de tristesse et qu’il fallait me donner un peu de bonheur.
A l’époque maman l’écoutait encore et l’aimait bien. Elle avait eu toujours un faible pour les garçons. Elle affirme encore aujourd’hui qu’elle ne s’est jamais remise d’avoir perdu son fils, qui est mort à peine quelques heures après la naissance. Et puis Mario constituait pour elle une précieuse bouée de sauvetage! C’est du moins ce qu’elle croyait. Elle constatait qu’il n’y avait pas d’autre homme dans ma vie et que je ne m’intéressais qu’à Mario. C’est pourquoi elle le gardait près de moi pour tenir à l’écart de mon coeur tous les autres prétendants, qui je dois dire ne m’ont pas manqués.
Mais Mario grandissait. Ce n’était plus un garçon. Il avait passé les vingt ans et était sur le point de quitter l’académie navale avec le grade d’enseigne de vaisseau de deuxiéme classe. Il posait maintenant sur moi des yeux différents. Et il ne cachait pas ses intentions. Il le disait ouvertement, clairement, et son père, sa grand-mère, ses oncles l’encourageaient. Combien de fois n’a-t-il pas dit en embrassant maman: “N’est-ce pas Mamie? Lorsque je serai officier vous me donnerez la main de votre fille et vous deviendrez ma mère et monsieur Giuseppe sera mon papa. J’aurai alors deux papas et ma mamie. Et je vivrai avec la chère demoiselle pour laquelle j’ai fait mes études et je suis devenu ce que je suis!” Et il me faisait comprendre à moi aussi que notre amitié et notre intimité fraternelles étaient désormais devenues quelque chose de plus profond.
Mais moi je ne voulais pas en entendre parler. Pour deux raisons. Mais d’abord parce que je me sentais incapable désormais d’aimer un homme avec mon âme et mon corps.
Vous me demanderez: “Comment cela? Vous avez traversé toutes ces luttes contre l’éveil des sens et maintenant que vous pourriez satisfaire honnêtement les exigences de la nature vous ne voulez plus en entendre parler?”. Cela paraît un contresens, n’est-ce pas? Mais ce n’est pas le cas.
Le fait que l’on ait supprimé aussi brutalement en moi le droit d’aimer et qu’on me l’ait enlevé avec le décor de certaines... explications qui avaient entaché la pureté de mon coeur de jeune fille, alors absolument ignare de certaines lois physiologiques et instinctives. D’une façon identique au jet d’une pierre dans un étang limpide où elle soulève la boue qui est au fond, ces commentaires m’avaient beaucoup troublée.
Et puis ce n’était pas dans ma nature d’être uniquement menée par les sens. J’étais donc d’un tempérament passionné certes, et je le suis encore. Je m’attachais et je m’attache à quelque chose à aimer, car cela est un véritable besoin pour moi. Et ce besoin était accentué par le manque d’amour qui m’entourait. Quand j’étais jeune, j’aimais énormément les créatures. Depuis l’âge de vingt-cinq ans j’aime très intensément, et toujours plus intensément, le Créateur. Et je n’ai jamais su rester sans un grand amour, comme but de ma vie. J’étais donc d’un tempérament passionnel, ou plus exactement passionné. Certainement pas sensuel.
Il y a une grande différence, même si cela ne se voit pas immédiatement, entre les personnes qui sont naturellement vicieuses et celles qui sont amenées à subir les tempêtes des sens par un concours des circonstances créées par les gens qui les entourent et par l’Ennemi, constamment aux aguets. Lorsque dans un ciel d’été se forment quelques nuages d’orage, lourds d’éclairs et de grêle, il est inévitable que l’orage éclate. Mais il ne devient pas toujours un orage destructeur. Lorsqu’un microbe s’en prend à quelqu’un il ne provoque pas toujours les mêmes dégâts. Si cette personne est sujette à ce mal le microbe y prospère et porte la mort. Mais si cette personne, depuis sa naissance, est réfractaire à ce microbe, il ne parvient pas à prendre racine et il est rendu stérile par le sang généreux du malade.
Des nuages de tempête s’étaient élevés dans mon ciel, renforcés par des vents d’enfer et mon sang s’était rempli de mauvais bacilles. Mais si la grêle était tombée, dévastant pour toujours la floraison des espoirs de jeunesse, elle n’avait pas brûlé par la foudre la sève vitale et mon arbre pouvait encore donner, sinon la joie des corolles, du moins l’utilité de la frondaison. Et mon sang, qui n’était pas de nature luxurieuse, avait pu surmonter, avec difficulté et souffrance il est vrai, mais avec succès, les germes de sensualité qui y avaient été inoculés.
Lorsque cette fièvre fut passée, et elle passa après que Dieu m’eût donné cette réponse qui devint ma force et ma règle de conduite, j’étais redevenue la petite Maria d’autrefois, c’est-à-dire une créature qui ne se laisse pas prendre aux séductions de la nature. Mais je l’étais devenue plus qu’auparavant. Détachée désormais de la vie, éteinte pour toujours à la capacité d’aimer comme femme, tendant seulement à la mort, je n’avais même plus en moi cette sainte aspiration à perpétuer l’espèce par le moyen d’un mariage fécond, et que Dieu ne condamne pas puisque c’est lui le premier qui l’a instauré dans le coeur de nos premiers parents.
Voilà pourquoi je ne me sentais plus capable d’aimer un homme comme peut le faire une femme. Je ressentais cette incapacité que j’avais et je le regrettais seulement en raison du fait que j’avais été par la nature dotée d’un coeur maternel... L’idée de n’avoir jamais des enfants à moi me faisait de la peine... Et aujourd’hui encore la plus grande nostalgie qui m’habite, après la nostalgie du ciel, est bien celle-ci. Je pensais bien à la solitude de ma vieillesse, dans le cas où j’aurais survécu... mais je ne me sentais pas le courage de devenir “une seule chair” et de vivre avec un homme qui serait mon mari.
Voilà pourquoi je signifiais à Mario qu’il devait me laisser tranquille sur ce point et je lui indiquais aussi que je ne me sentais pas en aussi bonne santé qu’avant et que je ne voulais donc point lier la vie d’un homme jeune et plein de santé à une malade. Qu’il me laisse donc tranquille et qu’il continue à me témoigner la bonne amitié qu’il avait pour moi et qui m’était d’un grand réconfort. Je lui fis également comprendre que si maman s’apercevait qu’il avait des intentions sérieuses, comme prétendant, elle lui ferait subir le sort de tous ceux qui s’étaient présentés avec une demande en mariage. Et il aurait été mis dehors de façon définitive.
Mais Mario, et son père, et sa grand-mère, et ses oncles ne pouvaient admettre que maman, qui l’avait si bien traité jusqu’alors, puisse lui faire subir un pareil sort. Que diable! N’était-il pas plein de santé, riche, assez beau, avec une brillante carrière devant lui? Quelles difficultés auraient donc pu soulever ma mère? Que diable! Je ne voulais tout de même pas insinuer qu’une maman puisse être égoïste au point de sacrifier sa fille pour la garder toute sa vie auprès d’elle comme une servante sans salaire! Ils ne pouvaient le croire.
Mais de fait, qui aurait pu le croire? Bon nombre de mes angoisses familiales sont incroyables, mon Père, à moins d’en être le témoin oculaire. Vous même, mon Père, je ne suis pas sûre que vous croyez à tout ce que je vous raconte... C’est tellement en contradiction avec l’idée que l’on a de l’amour maternel... que l’on a du mal à l’admettre. C’est pourtant la vérité, car tout est vrai dans mon récit. Il peut m’arriver de mourir à tout instant, tellement forte est mon oppression, que je puis être sujette à un épanchement péricardique ou pleurétique. Mais je suis tranquille, car je n’aurai à répondre devant Dieu d’aucun mensonge dans le récit que je vous fais, même si je devais mourir sans confession.
J’essayais donc de toute mes forces de ramener Mario à la raison. Mais l’homme amoureux ne raisonne plus. Surtout lorsqu’il est encouragé par toute sa parenté. Tout ce que j’obtins fut qu’il attende au moins encore un an, pour se déclarer, c’est-à-dire lorsqu’il aurait eu ses galons d’officier.
Je n’en parlais pas à maman. Sinon le pauvre Mario aurait été immédiatement condamné. Mais j’en parlais à papa, ainsi qu’à son père, et j’écrivis aux parents de Mario à Rome. Et tout le monde m’exhorta à dire oui à Mario et à ne point me sacrifier davantage à l’égoïsme maternel. Et la vie continua.
On s’écrivait comme d’habitude, comme de bons et fraternels amis, et Mario, qui avait deviné qu’avec l’aide plus fréquente des sacrements je me serais améliorée non seulement au moral mais également au physique, qui ressent en lui les répercussions morales, trouvait le moyen de me faire communier. Parfois c’était pour un examen, une autre fois pour un de ses camarades malade, tantôt pour sa grand-mère, ou pour son oncle... Pauvre garçon! C’est vraiment lui qui m’a réhabituée au désir du pain céleste! C’est alors que je commençais, durant le printemps 1918, à aller à l’église presque tous les matins, en me rebellant sur ce point aux oukases maternels.
Par ailleurs Mario s’était rendu compte, qu’en bonne italienne que j’ai toujours été, aussitôt après la bataille de Caporetto j’avais fait un voeu pour obtenir la victoire et en souvenir de ce voeu je portais à ma ceinture le gros chapelet que j’avais depuis le collège. Il me martyrisait la chair. Un jour, le chapelet se cassa et tomba juste aux pieds de Mario. J’étais très gênée, parce que lorsque je fais pénitence je me “parfume la tête et lave mon visage, afin que cela soit connu, non pas des hommes, mais seulement du Père qui voit dans le secret”.
Aujourd’hui encore, personne ne s’aperçoit que je porte nuit et jour un cordon qui est un véritable cilice et que ni la fièvre ni la souffrance ne m’a jamais fait enlever. Je l’enlève seulement lorsque le médecin vient me voir, afin qu’il ne le trouve pas en me visitant. Il est vrai que sur ma chair il en reste la trace et plus d’une fois le médecin s’est arrêté avec perplexité sur cette marque. Mais étant donné qu’à cet endroit, autour de la taille, l’enflure de la tumeur est telle qu’elle provoque un repli de la peau, le médecin est toujours resté indécis de savoir s’il s’agit là d’un effet naturel ou de l’action d’une corde.
Bref, ce jour-là le chapelet est tombé. Mario l’a ramassé et me l’a donné sans commentaires. D’ailleurs mon embarras l’avait largement éclairé.
Comme vous voyez, malgré mes dégringolades au sol, on ne pouvait pas dire que j’avais perdu entièrement la foi.
Mario, donc, s’était rendu compte que je devais avoir fait quelque promesse au Seigneur pour qu’il sauve la patrie. Et c’est surtout en se servant de cela qu’il me poussa vers Dieu par des communions fréquentes.
La dernière arme que le démon utilisait contre moi, à l’époque, était celle-ci: ne trouvant pas d’autre moyen pour mettre du trouble en moi, puisque j’étais devenue entièrement sourde à l’appel des sens et à l’invitation au suicide, avec la même intensité qu’avant, craignant que je me tourne entièrement vers Dieu, il m’inocula la honte de m’adresser à Dieu après l’avoir offensé. Ce sont ses très vieilles et communes armes, dont il avait déjà fait usage dans le paradis terrestre. Mais mon cher Mario les surpassa.
Je revenais donc de plus en plus vers Dieu. Je souffrais encore beaucoup des façons de faire de ma mère. Mais j’en souffrirai tant que nous serons toutes deux sur terre. Pourtant j’en souffrais avec plus de résignation.
C’est alors que je... détrônais la Madone de ma table de nuit et que j’y mettais à sa place le Coeur de Jésus qui s’y trouve encore aujourd’hui et qui ne m’a plus jamais quitté. Il est venu avec moi en Calabre, à Crémone, partout où je me suis rendue pour plus ou moins longtemps.
C’est Mario et mes soldats blessés qui m’ont ramenée à Dieu. La contemplation de la souffrance et de la mort sont toujours un excellent remède spirituel! Et le voisinage d’un coeur sincèrement chrétien, l’amitié honnête et chrétienne produit toujours du bien.
Au cours de l’été 1918, maman et moi, nous avons attrappé la grippe espagnole. Comme je vivais au milieu des malades atteints de ce mal, je l’attrappais avec une rare violence. Depuis lors il m’est resté chaque jour un peu de fièvre.. Et le coeur devint un peu plus fragile. Mais nous nous sommes soignées par nous-mêmes, sans l’aide des médecins, qui étaient tous malades et, s’il y en avait quelques-uns en bonne santé, ils étaient trop occupés pour que nous puissions les atteindre. Nous nous sommes soignées comme je l’avais vu faire à l’hôpital et, sans que les médecins nous aident à guérir ou à mourir, nous avons surmonté le mal. Maman s’en remit plus vigoureuse qu’auparavant. Quant à moi, peut-être à cause de ma défaillance cardiaque précédente, ou peut-être parce qu’à l’hôpital, au milieu des infections les plus diverses, j’avais attrappé quelque virus supplémentaire, je n’étais plus comme avant. J’aurais été heureuse de disparaître. Si j’étais morte, tout aurait été résolu, sans drame, y compris l’affaire de Mario.
Le 4 novembre la guerre prit fin. Lorsque la nouvelle me parvint, je me précipitai hors de l’hôpital et je courus à l’église Saint-Marc me jeter aux pieds du Nazaréen pour le remercier... Je m’offris alors entièrement à lui, l’implorant de prendre ma vie, pourvu qu’il ne permette plus une autre guerre.
Ce jour-là je ne savais pas très bien ce que j’étais en train d’offrir, et mon offrande était mélangée au désir, très humain, de ne plus vivre et de ne plus souffrir. Depuis lors, j’ai constamment répété mon offrande, à cette intention, mais aussi pour d’autres raisons que je vous raconterai plus loin: et à ce moment-là je savais parfaitement ce que je faisais.
Mais si Jésus m’a écouteé dans bien des cas, là-dessus il a fait la sourde oreille. Depuis 1918 jusqu’à ce jour, de nombreuses autres guerres ont tué les enfants de l’Italie... et peut-être que je mourrai alors que sévira la plus terrible des guerres.